Archives : juin, 2006

DRM, Répression et hypocrisie

Lundi, juin 12th, 2006

Protection des contenusEn france, on aime bien râler, je ne vous apprend rien : touchez quoi que ce soit à la législation, aux habitudes, aux “acquis sociaux”, vous vous retrouvez avec une manif’ sur les bras.
En france, comme partout ailleurs, on a un gros problème avec le piratage logiciel en général, et plus particulièrement le piratage de musique.
On se retrouve face à une situation qui est relativement simple à la base : Une majorité des français (des jeunes ?) ont accès à Internet haut-débit, une majorité des français (des jeunes ?) écoutent de la musique, et bien sûr, une majorité des français (des jeunes ?) ne veut pas dépenser d’argent.

Que se passe t’il donc ? Jean-Michel achète un CD (oui, il a un nom composé et habite Neuilly, l’argent n’est donc pas un facteur dissuasif), il le met dans a chaine Hi-Fi, dans son ordinateur, dans son balladeur MP3, bref, en fait un usage tout a fait régulier et se comporte en bon citoyen.

Allons faire un tour du côté de chez Kevin. Kevin a 16 ans et vit chez son papa et sa maman, il dispose, lui aussi d’un accès internet haut-débit. Kevin souhaite se procurer le dernier album de Lorie. Instinctivement, il n’ira pas au Virgin le plus proche ou chez son disquaire préféré : Il n’a pas de disquaire, et le Virgin le plus proche est à 50 kilomètres (de toutes façons, Aziz lui a volé son scooter, mais ceci est une autre histoire). Il ira plutôt sur un des nombreux sites de téléchargement de musiques gratuits et illégaux (c’est le site qui est illégal, pas les chansons de Lorie…), et en quelques minutes ou quelques heures, il pourra, comme Jean-Michel, écouter son artiste préféré sur son baladeur MP3 ou sur sa chaine Hi-Fi.

L’un aura dépensé 20€ pour sa musique, l’autre sera juste resté chez lui avachi devant sa PlayStation, fabriquée par l’entreprise qui produit aussi l’album en cours de téléchargement sur son PC, quelle ironie…

Ce comportement, loin d’être marginal, a tendance à se généraliser sans pouvoir trouver de solution : la répression ne semble pas être envisageable, il parait que télécharger gratuitement de la musique ne fait pas de mal à l’industrie du disque, et que ce pauvre Kevin ne se rend pas compte de ce qu’il fait.

Concrètement, j’admet que le téléchargement illégal de musique n’a pas l’impact que les majors essayent de nous faire croire, je suis persuadé que bon nombre de téléchargements illégaux ne consistent pas de manque à gagner, dans la mesure où les contrevenants n’auraient pas acheté l’album en question. A l’extrême, certains se permettent même de minimiser les effets du piratage et d’y voir un moyen de diffusion culturel bénéfique pour notre société.

Je crois que tout est histoire de respect et de civisme. User de moyens détournés pour se procurer gratuitement une chose pour laquelle on devrait payer est qualifié de vol, c’est aussi simple que cela. Le vol est puni par la loi, mais on ne dispose pas aujourd’hui des outils nécessaire à son application.

Interdire les logiciels de téléchargement reconnus pour servir majoritairement à voler des oeuvres protégées est sans doutes excessif. Certains s’enflamment à la moindre suggestion d’une surveillance du trafic par les fournisseurs d’accès internet, sous prétexte d’atteinte aux libertés individuelles… je peux comprendre cela, mais avouez que l’excuse est plutôt commode pour s’affranchir de tout contrôle sur l’utilisation illicite de son accès internet.

Est-ce une raison suffisante pour abandonner le concept de protection des contenus ? On le sait tous, le fait de protéger les CD ou les fichiers achetés légalement auprès de boutique en ligne n’atteindra jamais le but ultime de contrôler totalement et indéfiniment l’utilisation du contenu distribué, mais on ne peut pas en vouloir aux fournisseurs de ces contenus de vouloir protéger leur propriété, c’est une démarche commerciale parfaitement cohérente. J’admet qu’il y ai des réticences à se fier à l’honnêteté du consommateur moyen quand il s’agit de son argent.

Je parle bien sûr du fond du problème, pas des applications concrètes qui, c’est vrai, sont souvent pénalisantes pour l’utilisateur qui devra s’assurer de la compatibilité du service d’achat en ligne avec son lecteur, ce qui est un grand pas en arrière par rapport à la situation précédent ou il suffisait de mettre son CD dans un lecteur banal pour écouter sa musique.

Il est grand temps que les gens prennent leurs responsabilités et assument leurs actes, celui qui télécharge de la musique illégalement mérite d’être puni par la loi, et doit être conscient des risques encourus. Sans une forme de contrôle sur l’utilisation d’internet, la loi ne pourra pas être applicable. Il est aussi temps de mettre en oeuvre des outils ouverts et accessibles permettant à quiconque de protéger efficacement du contenu sans pénaliser l’utilisateur.

Cuisine et Logiciel Libre

Dimanche, juin 11th, 2006

Richard StallmannExtrait d’une interview de Richard Stallman, porte drapeau du mouvement pour l’éradication de toute forme de technologie propriétaire :


[…]
Pour finir, je veux dire que les quatre libertés du Logiciel Libre se rencontrent également dans les recettes de cuisines. Ceux ou celles qui ne connaissent pas l’informatique mais savent cuisiner reconnaîtront ces quatre libertés dans cette activité. Dans l’utilisation des recettes, on peut changer les ingrédients, faire et donner des copies aux amis, c’est normal. Tout comme cuisiner la recette librement aussi. Comme il est normal d’écrire sa version changée pour distribuer des copies dans une version plus à son goût car les goûts ne sont pas égaux. Ceux qui cuisinent peuvent ainsi apprécier la valeur des quatre libertés tout comme ceux qui se servent de logiciels.
[…]

Comment peut on comparer la cuisine avec l’industrie logicielle ? Ce n’est pas la première fois que j’entend cette métaphore, qui semble être l’un des outils préférés de Stallmann pour prouver l’absurdité du développement propriétaire, et promouvoir le logiciel libre.

Son raisonnement est absurde : en premier lieu, et en ce qui concerne la cuisine, l’utilisateur a le choix d’acheter ses légumes et sa viande pour préparer lui même son repas, ou bien acheter un plat tout fait, d’aller au restaurant, ou au MacDo… Bref, il a aussi le choix de payer plus cher un repas tout fait pour lequel il n’aura pas toujours, loin de là, la recette complète. (Je vous invite à demander au serveur du MacDo la composition des sauces, ou même dans un grand restaurant…).

M. Stallmann souhaiterait que tout logiciel soit libre, et gratuit… Certains vous diront que libre n’implique pas la gratuité, mais tel que Stallmann expose les choses, pourquoi pénaliser les utilisateurs qui n’ont pas d’argent pour s’offrir un logiciel ? Le principe est bien que tout le monde puisse utiliser, comprendre, améliorer et redistribuer le logiciel ? La sélection par l’argent n’est donc pas acceptable.

Les éditeurs doivent donc produire du logiciel qu’ils ne peuvent pas vendre, et pour lequel ils doivent rendre public l’objet de leur valeur ajoutée afin que tout le monde puisse en profiter. Mais elle doit aussi payer ses employés, ses impôts, son loyer… Cherchez l’erreur…

Pour en revenir à la cuisine, lorsque vous allez au marché, vous faites fonctionner un système bien rôdé depuis des siècles… Des gens ont récolté des légumes, élevés des bêtes, et proposent le fruit de leur travail à l’heureux consommateur que vous êtes. Vous allez payer le fruit de leur labeur afin qu’ils puissent continuer à travailler, et vous allez rentrer chez vous.
Vous n’allez pas vous rendre au marché, voler tout ce dont vous avez besoin, rentrer chez vous, préparer un bon petit plat (ou pas), pour enfin le dupliquer à l’infini et en distribuer aux restos du cœur. Vous n’êtes pas Harry Potter malheureusement. Tout travail mérite salaire, le reste n’est qu’utopie.

Ce n’est tout simplement pas comme çà que çà marche, la métaphore de la cuisine n’est pas applicable au logiciel libre, et Stallmann devrait réfléchir à des argumentations plus concrètes et viables afin de gagner en crédibilité. Alors peut être un premier ministre trouvera utile de le recevoir et lui demander son avis.